Le mythe de Shambhala

Shambhala

Pays de la mythologie bouddhique

 

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Thangka de Kalachakra du monastère de Séra (collection privée).

Shambhala 

en sanskrit शम्भल « lieu du bonheur paisible »), ShambhallaShambalaou Shamballa, est un mythe hindo-bouddhiste qui a été intégré, à l'époque moderne, dans divers récits syncrétiques et/ou initiatiques dans lesquels d'autres croyances de l'humanité, et en particulier la théosophie, se sont exprimées.

Dans la mythologie bouddhiste

Shambhala (tibétain bde byung) est un pays mythique, dépositaire de l'enseignement du kalachakra qui fut transmis par le Bouddha à la demande de son roi Suchandra. Il est décrit dans le Tantra Kalachakra et ses commentaires. Selon le 14e Dalai Lama, c'est une terre pure qui, bien qu'étant terrestre, ne peut cependant pas être située sur une carte ; seuls y ont accès ceux qui ont acquis le karma convenable. Selon le tantra, le 25e roi de Shambhala reviendra dans le monde pour en chasser les forces obscures et établir un âge d'or. Il existe une prière pour renaître à Shambhala, rédigée par le 6e panchen-lama.

Dans le bouddhisme tibétain, sur les thangkas, le royaume de Shambhala est représenté de forme circulaire et encerclé de montagnes, avec sa capitale, Kalapa, au centre. Au sud de la capitale se trouve le parc du Bois de santal qui abrite le mandala de Kalachakra tridimensionnel construit en pierres précieuses par le roi Suchandra. À l’est et à l’ouest du parc se trouvent les lacs du Petit Manasa et du Lotus blanc. Des mystiques ayant « visité » Shambhala ou l’ayant vu en vision en ont laissé des descriptions. Parmi eux, Mipham Rinpoché, maître rimé du xixe siècle.

Tous les habitants sont éveillés grâce à l’enseignement du kalachakra préservé par les rois dont la liste est fournie. Les sept premiers sont nommés « rois du dharma », puis, à partir de Manjusrikirti (Manjusri Yashas), kalki (sk.) ou rigden (tib.), « maîtres de lignée » ou « dépositaires de la tradition ». Ils sont en général considérés comme des avatars de déités : le premier roi Suchandra est un avatar de Vajrapani, les kalkis sont avatars de Manjusri ou parfois d'Avalokiteshvara (Pundarika). Le 25e kalki Raudrachakrin qui se manifestera dans le monde pour anéantir les ennemis du dharma serait un avatar de Sarvanivarana-Vishkambhin. L’interprétation traditionnelle soutient qu’il s’agit d’une représentation de la lutte contre les forces du mal.

Le mythe de Shambhala, tout comme le kalachakra, s'interprète selon trois niveaux : « externe » « interne » et « autre ». Le premier voit le royaume comme une contrée accessible seulement à ceux qui ont acquis le karma nécessaire ; l’interprétation interne situe Shambhala dans le corps et l’esprit du pratiquant ; la dernière interprétation le place dans un mandala qui guide la méditation.

Dans la mythologie bön

Le thème du royaume parfait dissimulé dans l’Himalaya existe aussi dans le bön : il s’agit en l’occurrence du berceau de cette religion. Il prend le nom d’Ol-mo-lung-ring. Les textes de la mythologie bön appellent la capitale de l'ancien royaume de Zhang Zhung tout simplement Shambhala.

À la recherche de Shambhala

Les historiens se sont demandé si Shambhala avait été inspiré par un royaume réel. Certains y voient Zhangzhung ou Gugé ; des textes bön appellent d’ailleurs Shambhala la capitale de Zhangzhung. Srivijaya, qui abritait un important centre d’enseignement bouddhiste où étudia Atisha, a aussi été proposé.

Le premier Occidental à rapporter le nom de Shambhala (sous la forme Xembala) fut le missionnaire catholique portugais Estêvão Cacella. Croyant qu’il s’agissait du but de son voyage, Cathay, il suivit les indications de ses informateurs et arriva en 1627 au monastère de Tashilhunpo, siège du panchen-lama, à Shigatsé. Il existe une tradition qui situe Shambhala à Tashilunpo.

Sándor Kőrösi Csoma fut le premier (1833) à présenter en Occident Shambhala comme un pays fabuleux.

Les Mongols, pour leur part, situent le royaume dans une vallée de Sibérie du sud. Les mouvements spirituels occidentaux du xixe siècle et du début du xxe siècle l’ont parfois imaginé sous le désert de Gobi ou même en Russie.

 

Shambhala et le kalachakra

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Rigdan Tagpa ou Manjushrí Kírti, roi de Shambhala.

À la demande du roi Suchandra qui désirait atteindre l’illumination sans abandonner ses fonctions royales et guerrières de kshatriya, le Bouddha aurait enseigné sous la forme de la déité Kalachakra le premier Tantra Kalachakra à Dhanyakataka (ti. Palden Drepung) près de l’actuelle Amaravati, au même moment où, dédoublé, il donnait le célèbre sermon du mont des Vautours à Rajagriha. Shambhala devint alors un royaume dont tous les habitants étaient éveillés. Plusieurs centaines d’années après, le roi Manjushrikirti (ti.Rigden Tagpa) aurait rédigé le tantra actuel Sri Kalachakra ou Laghutantra (ti. bsDusrgyud), un abrégé de l’enseignement d’origine, et son fils Pundarika (ti. Padma Dkarpo) serait l’auteur du commentaire Vimalaprabha. Le 11e roi, Durjaya (927?-1027?) (ti. Gyalka)  aurait transmis le Laghutantra en 966 au sage indien Chilupa ou Kalachakrapada (ti. Jamyang Dorje), lui apparaissant sous la forme de Manjusri. Kalachakrapada l’aurait transmis à Nadapada (Naropa), qui l’aurait transmis à Atisha. Il existe en fait différentes lignées de transmission du kalachakra au Tibet, où il est connu de toutes les traditions. Il est particulièrement important chez les gelug et les kagyu.

Le tantra de kalachakra 

(sanskrit : कालचक्र ; IAST : Kālacakra, signifiant la roue du temps est, avec son commentaire vimalaprabha (sk. « lumière immaculée », tib. dri-med ‘od), le principal support de l’enseignement kalachakra du bouddhisme tibétain. Kalachakra signifie cycle temporel, ou la roue du temps. C’est un texte particulièrement important dans la tradition gelugpa, connu également auparavant chez les sakyapa et les kagyupa ; le kalachakra était l’enseignement tantrique principal de l'école jonang. Il appartient à la classe la plus élevée des anuttarayoga tantra.

Ce texte, introduit au royaume de Gugé au xie siècle (pendant l'ère de la fragmentation de l'Empire du Tibet), se détache des autres tantras de sa classe par un langage assez clair et le recours fréquent à des termes ou notions hindous (puranas, sankhya) ou jaïns. La tradition prétend d’ailleurs que lorsqu’il fut présenté à Nalanda, il ne fut pas immédiatement accepté comme bouddhiste et qu'au Tibet même, Rendawa Shyönnu Lodrö, maître de Tsongkhapa, exprima des réserves.

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Symbole tibétain de Kalachakra en vitrail, Samye Ling

 

Le tantra et son commentaire sont la source première du mythe de Shambhala, royaume idéal que seuls certains peuvent atteindre. On y relate, entre autres, comment un roi de Shambhala apparaitra dans le monde pour combattre les barbares et établir un âge d’or. Le corpus kalachakra a donc fait l’objet, parallèlement à son usage de guide de yoga, d’interprétations millénaristes, voire occulto-politiques en dehors du monde bouddhiste5

Le tantra a exercé une grande influence sur la cosmologie et le calendrier tibétain

La tradition du kalachakra tourne autour des concepts du temps et des cycles : du cycle des planètes, du cycle respiratoire, et du contrôle des énergies les plus subtiles qui sont dans le corps de chacun afin d'atteindre l'illumination. Son texte principal est le tantra de kalachakra.

La déité du kalachakra représente un bouddha et son omniscience. Tout est sous l'influence du temps, et lui est le temps donc sait tout. De même, la roue (du temps) n'a ni début ni fin.

Ce tantra, qui évoque les conflits des rois de Shambhala avec des peuples d’aspect musulman, doit dater du ixe siècle et aurait été transmis aux tibétains au xie siècle par des disciples directs ou indirects de Naropa : le Cachemiri Somanatha, à l’origine de la lignée Dro, et Samantashri, à l’origine de la lignée Ra. La tradition fait aussi d’Atisha un maillon de la transmission du kalachakra.

La tradition considère que la version actuelle est un abrégé du tantra d’origine, transmis au roi Suchandra de Shambhala sous la forme d’un mandala tridimensionnel par Shakyamuni ayant pris la forme de la déité Kalachkra. Cette initiation aurait eu lieu au stupa Shri Dhyanakataka près d’Amaravati, jadis un centre bouddhiste important, au même moment où le Bouddha, dédoublé, donnait le sermon du mont des Vautours dans lequel la tradition zen voit son origine. Le roi aurait couché l’enseignement sous la forme d’un texte (mulatantra ou paramadibuddhatantra) de 12 000 vers et rédigé un commentaire de 60 000 vers. Le tantra aurait ensuite été conservé à Shambhala exclusivement. Plusieurs siècles plus tard, le roi Manjusri-Yashas (Manjusrikirti) aurait rédigé le tantra actuel ou laghutantra (tib. bsDus-rgyud), ne contenant qu’un quart de l’original. Son fils Pundarika aurait rédigé le commentaire vimalaprabha.

Les deux textes seraient apparus en Inde au xe siècle grâce à un sage qui, ayant entendu parler de sa réputation, serait parti à la recherche de Shambhala. Selon la tradition Ra, il s’agit du pandit Cilu (Chilupa) originaire d’Orissa ; alors qu’il était en chemin dans les montagnes, une émanation de Manjusri (comme peuvent l’être les rois de Shambhala) lui apparut et lui remit les textes. De retour en Inde, il finit par se rendre à Nalanda où il convainquit après un débat Naropa de la valeur du tantra. Pour la tradition Dro, le sage reçut l’enseignement kalachakra de l’émanation du roi Shripala de Shambhala alors qu’il avait entamé la traversée d’un immense désert. Rentré en Inde où il fut nommé Maha Kalachakrapada, il aurait rencontré Naropa, non à Nalanda, mais à Vikramashila7. Certains ont suggéré que Chilupa et Maha Kalachakrapada étaient en fait la même personne.

Somanatha, disciple de Naropa, fut invité au Tibet par le clan Ryo chez qui il traduisit la moitié du Vimalaprabha, mais partit avec son manuscrit après un désaccord. Accueilli par Chung Wa du clan Zhang qui le prit comme gurû, il acheva la traduction du texte avec Shayrabdrak du clan Dro (Dro Lotsawa). Par ailleurs, Ra Choerab, neveu du traducteur Ra Dorjedrak, partit étudier au Népal où il devint disciple de Samantashri, héritier de Naropa par l’intermédiaire de Manjukirti. Il le fit venir au Tibet et traduisit avec lui le tantra et son commentaire9.

Yoga

Le tantra et son commentaire sont divisés en trois parties (externe, interne, autre) et cinq chapitres. Les deux premiers chapitres contiennent les enseignements externe et interne : l’astrologie et ses calculs, les cycles du monde et la naissance des univers, les cycles intérieurs du corps qui suivent ceux des planètes, le fonctionnement physique et mental, les corps subtils. Les aspects « autres » sont exposés dans les trois derniers chapitres : le premier, consacré à l’initiation, a circulé indépendamment en Inde sous le nom de Sekoddesa ; le deuxième, consacré aux stades de génération et complétion, comprend l’explication du mandala, des déités et des six yogas ; le troisième traite du stade d’accomplissement.

Sources : Wikipédia : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Shambhala_(mythe)

                                   https://fr.wikipedia.org/wiki/Tantra_de_kalachakra

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 2019-05-02

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